Lauréats 2026

Prix du Livre Pyrénéen – Binaros 2026

Il met en valeur un ouvrage constituant un apport conséquent pour la valorisation ou la connaissance des mondes pyrénéens ou d’un de leurs aspects.

Il a été attribué à :

Démontagner

Maxim Cain
2025, Actes Sud BD, 128 p.

Maxim Cain nous raconte, à travers sa bande dessinée, la réalité du quotidien du travail de berger durant quatre mois d’estive dans les Pyrénées ariégeoises : garder des troupeaux de brebis, « des brebis par centaines qui s’éparpillent entre les rochers ».
La ville, préparatifs de départ. L’agitation, la foule autour de la montée en estives. Et on y est. Là en-haut. Dans le quotidien, avec les hauts et les bas.
« C’est la carte postale idéale, le berger orgueilleux mène huit cent brebis dociles qui marchent dans son ombre. Plus tard, l’enthousiasme a fondu. Sous le soleil la laine chauffe, le bétail ramollit et se disperse.  On ne se comprend plus. Je m’énerve, je monte, je descends, je crie. Je pousse. »
« Depuis les orages s’enchaînent. Avant, je n’en avais pas peur, mais avec les années, ça m’inquiète de plus en plus. J’ai été pris quelques fois au milieu des éclairs et la
dernière était la pire. Ludivine dit qu’elle aime ça.
Elle parle avec passion des couleurs du ciel, de ses poils qui se dressent, du grondement qui vibre dans tout le corps, de la foudre qui fait claquer les roches
autour d’elle et des flashs aveuglants, qui s‘impriment au fond de l’œil. J’ai honte de l’admettre devant les éleveurs, mais parfois quand l’orage
approche, je suis incapable de quitter la cabane. »
« La garde se fait différemment ici. Le relief des quartiers hauts ne supporte pas le troupeau groupé. Les trous, les bosses, les crevasses, les pentes à pic et les champs de roches ont remplacé les combes moelleuses d’en bas. Des lots se forment. Les brebis prennent la place qu’elles peuvent… »

Démontagner signifie la fin de l’estive et le retour dans la vie d’en-bas. Mais c’est la vie d’en-haut qui nous est contée.
Le jury a beaucoup apprécié le regard posé ici sur le décalage entre la vie d’en-bas et celle d’en haut : « les sens déplacés ; le temps étiré ; la peur parfois ; la violence aussi ; les paysages hiératiques et l’entêtante solitude… ».
Maxime Cain, à l’aide de son trait noir fin, légèrement hachuré et précieux, déroule son estive au milieu des paysages sauvages et de la faune d’altitude : tout en subtilités, en suggestions, en creux ou à cru, à mots comptés ou sans mots, jamais pédant ni moralisateur, acteur-témoin laissant fleurir les émotions, les siennes que l’on imagine, les nôtres que ce récit graphique fait naître en nous.
Démontagner est une bande dessinée à découvrir.

Prix du Livre Pyrénéen – Connaissance 2026

Il met en valeur un ouvrage constituant un apport conséquent pour la valorisation ou la connaissance des mondes pyrénéens ou d’un de leurs aspects.

Il a été attribué à :

Glaciers des Pyrénées. 25 ans d’explorations et de mesures.

Pierre René
2025, Éditions Le Festin, 160 p.

Pierre René fait partie de l’association Moraine, il est glaciologue et arpente les sommets pyrénéens depuis 25 ans.

Pour lui, les glaciers sont « l’exquis du milieu montagnard ». Depuis qu’il a découvert ce désert d’altitude, il n’a eu de cesse d’y venir et revenir.

C’est ce coup de foudre initial qui nous vaut cet arpentage minutieux. Il nous livre à la fois des informations sur le métier de glaciologue, des clés de compréhension de la formation des glaciers, de leur action sur la montagne, de leur fonctionnement, de leur évolution au fil des siècles mais aussi et surtout de leur inexorable amenuisement depuis seulement quelques années et des conséquences de cet amenuisement tant en matière d’alimentation en eau, que d’écosystèmes ou d’évolution des risques.

Dans 25 ans, les glaciers des Pyrénées auront disparu. Ce n’est pas une supposition, c’est un constat et ce n’est pas l’été caniculaire que nous avons subi qui le démentira. Pour les membres du jury, ce livre répond à une urgence. Une urgence de faire connaître la situation de ces colosses que nous pensions immortels et qui s’effondrent inéluctablement.

Le dérèglement climatique, dû aux activités humaines polluantes a accéléré leur fonte à une vitesse jamais vue dans l’histoire de l’humanité et les conséquences sont catastrophiques notamment concernant les réserves en eau.

En cela les photos et les graphiques du livre sont un témoignage poignant et sans équivoque. La fonte des glaciers des Pyrénées y est visible à l’œil nu.

En attendant, c’est un plaisir paradoxal de contempler ces très belles photos, les plus anciennes datent de 1885 et 1894 jusqu’à 2024, des photos terriblement éloquentes sur la fonte des glaciers mais aussi bouleversantes par leur beauté.

Un remarquable travail de vulgarisation sur une matière beaucoup plus complexe qu’on ne le croit. Et un message : la montagne n’est pas un terrain de jeux.« Plutôt que de consommer la nature, tel un décor, essayons de vivre en interaction avec elle (…) Notre considération à son égard doit être omniprésente. La survie de notre espèce en dépend. »

Prix du Livre Pyrénéen – Guide 2026

Il récompense un ouvrage permettant de découvrir en pratique les réalités pyrénéennes, dans quelque domaine que ce soit, du topo guide au livre de cuisine en passant par les atlas, les inventaires…

Il a été attribué à :

Citadelles du Pays cathare

Patrice Teisseire-Dufour (textes), Paul Palau (photos)
2026, Éditions Sud-Ouest, 140 p

Deux ans après avoir achevé la grande encyclopédie de Michel Roquebert, Cathares, encyclopédie d’une résistance occitane , Patrice Teisseire-Dufour revient avec un nouvel ouvrage illustré sur les Citadelles du Pays cathare. Un beau livre sur les citadelles et autres châteaux dits Cathares. Richement illustré, par les photos de Paul Palau, cet ouvrage imposant propose une immersion au plus près de ce territoire marqué, au XIIIème siècle, par la Croisade des Albigeois et l’Inquisition, venues traquer la foi des Cathares. Quarante châteaux et anciens villages fortifiés, disséminés en région Occitanie et Nouvelle-Aquitaine. Certains sont connus d’autres moins, ce sont des sites parfois discrets, souvent spectaculaires, mais toujours chargés d’histoire.

À l’heure où l’UNESCO s’apprête à distinguer la Cité de Carcassonne et sept de ses forteresses réunies sous le nom de Forteresses royales du Languedoc, cet ouvrage invite à saisir l’âme de ces citadelles et tente de comprendre une histoire qui continue de façonner l’Occitanie. Les poèmes, tirés des Derniers chants faydits, écrits en 20191 par l’auteur, agrémentent et illustrent avec sensibilité et véracité ce témoignage historique.

Enfin des informations pratiques guident le lecteur et l’informent sur les conditions d’accès et de visite de ces sites.

Une invitation, s’il le fallait, à partir à la découverte de ce patrimoine parfois oublié, toujours remarquable.

1 Éditions Vox scriba, 2019, 43 pages.

Prix du Livre Pyrénéen®-Littérature 2026

Il distingue un ouvrage littéraire (fictions, récit…) ayant pour sujet ou cadre les Pyrénées.

Il a été attribué à :

Lâcher les chiens

2026, Paulsen, 280 pages

Lâcher les chiens est le premier roman d’un écrivain de 23 ans. Étudiant à Toulouse deux années durant et y travaillant, il s’en échappe régulièrement pour arpenter les proches Pyrénées. Dans un entretien, il dira « Pour moi, les Pyrénées représentent les derniers grands espaces sauvages de la France hexagonale. »

Son personnage central porte un prénom, Valère, dont la signification n’est pas ingénue : vigoureux. Ténacité, audace, pugnacité sont nécessaires à ce scoliotique pour supporter, affronter, s’extirper de l’univers d’oppression, de frustration au sein duquel il est enfermé depuis près de dix ans à nettoyer un chenil où sont parqués des cobayes « goûteurs » des aliments fabriqués par l’usine qui l’emploie. Son environnement a pour noms chiure, pisse, vomi, collègues épuisés, patron pervers en harceleur compulsif entouré de sa cour de vils flagorneurs. Puanteur, honte et colère : l’aliénation est une réalité comme le sont le désarroi et l’obsession de la riposte. « Ici, les journées de merde se répètent en boucle. Le sup va regretter de m’en avoir fait baver. Je sais précisément à quel moment je vais le cueillir. » L’offensive sera percutante.

Fantasme trompeur ou grâce salvatrice : s’extraire de la laideur pour fuir vers le territoire des plantes et des animaux farouches, retrouver forêts et estives, chaos rocheux et torrents bondissants. « L’herbe haute prend une teinte gris-bleu, la lune trace au fusain le contour des bruyères et des arbustes de l’alpage. »

Roman d’une épaisse noirceur, d’une écriture rapide et tendue, en phrases sèches pour dire l’oppression, l’espoir concassé et, qui sait, un pays de cocagne… Construit de manière syncopée en trois partitions : Valère et Lisa sa compagne, leur jeune fils, son père et sa mère défunte (« Notre vie de famille commence sur les ruines d’une autre. ») ; le compte à rebours où se frôlent haine et élaboration d’une réparation ; la fuite scandée par les repères d’altitude de cache en cache, fruits de la prévoyance d’un père ancien berger.

La critique sociale est concise, les blessures et la force de la rupture ne font aucun doute. Provoquer l’évasion est impératif mais qu’en est-il de la justice rendue en vengeur solitaire, poursuivi par une meute armée ? Quel remède imaginer à l’usure infligée par une société avilissante jusqu’à redevenir proie en changeant de maton, de cage et de chaînes ? Pourtant, tendre à être libre ne devrait jamais signifier être coupable.

BINAROS

L’association Binaros a été constituée en septembre 2008 autour d’un projet principal : la création du Salon du Livre Pyrénéen®. Son but est de promouvoir et diffuser les connaissances sur les patrimoines vivants des Pyrénées. Elle privilégie l’édition culturelle, le livre, les œuvres graphiques et les médias traitant des sujets en rapport avec les réalités et les patrimoines pyrénéens.

Elle ambitionne de valoriser et faire rayonner les territoires du massif au-delà des seuls lecteurs et lectrices, de renforcer l’attractivité des Pyrénées en y développant des offres culturelles singulières, en soutenant les réseaux de lecture, tout particulièrement dans les territoires ruraux de montagne. Asseoir la présence du livre et de ses métiers, ainsi que l’offre culturelle dans les vallées pour les habitants, les habitantes et pour les personnes de passage est notre dessein.

Pour ce faire, Binaros organise le Salon du Livre Pyrénéen®, décerne les Prix du Livre
Pyrénéen® tous les ans depuis 2010 et dessine, depuis 2019, un projet pluriel, ouvert à tous les partenariats, sous le nom de Lire les Pyrénées®.
L’association compte une soixantaine d’adhérentes et adhérents, une cinquantaine de bénévoles se mobilisant lors des événements et un noyau dur d’une vingtaine de personnes. C’est avec un vrai plaisir que nous vous accueillerons pour accroître nos forces vives, en fonction de votre temps, de vos envies et de vos propositions.

Les Prix du Livre Pyrénéen®

Les Prix du Livre Pyrénéen ont été créés en 2010 par Binaros, à l’occasion de la première édition du Salon du Livre Pyrénéen, afin de mettre en valeur la création littéraire actuelle en rapport avec les Pyrénées, dans un esprit d’ouverture au tout-monde. Il s’agit de développer la connaissance et le rayonnement des territoires pyrénéens, les questionnements sur leur devenir, à travers un média de qualité et d’avenir : le livre. L’ambition des Prix du Livre Pyrénéen, à plus long terme, est
d’accroître la création et la qualité des ouvrages qui tissent des liens avec les Pyrénées.

– le Prix du Livre Pyrénéen – Connaissance met en valeur un ouvrage constituant un apport conséquent pour la valorisation ou la connaissance des mondes pyrénéens ou d’un de leurs aspects.

– le Prix du Livre Pyrénéen – Littérature distingue un ouvrage littéraire (fiction, récit, théâtre…) ayant pour sujet ou cadre les Pyrénées ou des montagnes imaginées.

– le Prix du Livre Pyrénéen – Guide récompense un ouvrage permettant de découvrir en pratique les réalités pyrénéennes, dans quelque domaine que ce soit, du topo guide au livre de cuisine en passant par les atlas, les inventaires…

– le Prix du Livre Pyrénéen – Binaros distingue un ouvrage original traitant des Pyrénées, à la marge des genres déjà définis. Il permet de récompenser les livres de jeunesse, de photos ou d’art, des livres atypiques.

Ils sont tous dotés d’une somme de 750 € remis aux auteurs et autrices ainsi qu’aux
traducteurs et traductrices.

Tout au long de l’année, un jury de 9 personnes venues d’horizons très différents lit, discute et sélectionne les livres reçus, soit 53 ouvrages en 2026. Il se réunit une ultime fois fin août pour décerner les 4 Prix du Livre Pyrénéen. Tous les ans une partie variable du jury est renouvelée par l’arrivée de nouveaux membres qui remplacent les partants… n’hésitez pas à candidater